
M. Attali, dans sa grande sagesse, s'est dit qu'il y avait un niveau administratif de trop
dans notre France. Jusque là je suis d'accord. Le même Attali préconise donc la disparition des départements. Là, je ne suis pas d'accord.
S'il a proposé la disparition des départements, c'est par pur conformisme fédéraliste, instillé depuis longtemps par les élites européennes qui, pour affaiblir les Etats-Nations, tentent de
renforcer les régions. C'est une hérésie, et ce pour plusieurs raisons.
1. Ce sont les départements qui ont forgé la France telle que nous la connaissons. En effet, jusque dans les années 80, les Conseils régionaux n'existaient pas. Ils ont été créés de toutes pièces
pour satisfaire à l'air du temps, qui était à la démagogie régionaliste. Donc, depuis la Révolution jusqu'à nos jours, c'est le département qui a été l'étalon de l'aménagement du territoire.
2. Les régions fleurent le féodalisme et donc le fédéralisme. Si les départements sont un mode de division administrative du territoire, ce découpage a un but d'égalité et d'unification de ce
territoire longtemps morcelé en principautés et en enclaves qui étaient souvent séparées par des douanes internes. En renforcant les régions, on affaiblit le pays, comme le voudraient les
euroconvaincus. Exemple symbolique mais parlant : on parle sans arrêt des présidents de régions, au lieu de présidents de conseils régionaux ; par contre on ne dit jamais un président de
département mais un président de conseil général. Ca montre bien l'arrière pensée qui se cache derrière tout cela.
3. L'identité régionale est un leurre. Prenons l'exemple des deux régions que je connais le mieux : la Lorraine et la Franche-Comté. Quelle est l'identité, quel est le point commun, entre Bitche
et Metz, entre Nancy et les zones montagneuses des Vosges, entre Longwy et Bar-le-Duc ? Quelle est l'identité, quel est le point commun, entre les Vosges saônoises et la Bresse du Jura, entre
Besançon et Montbéliard, entre Pontarlier et Belfort ? Les seuls points communs dans ces régions sont politiques et historiques, mais en aucun cas culturelles, comme on voudrait nous le faire
croire. Par ailleurs, elle sont le plus souvent composites : la Lorraine actuelle est faite de l'ancien duché de Lorraine, du comté puis du duché de Bar, d'une partie du Luxembourg, de la
Cité-Etat de Metz, de celle de Verdun et de celle de Toul, plus les territoires ecclésiatiques qui s'y raccrochent. La Franche-Comté actuelle est constituée de la Franche comté de Bourgogne, de
la Cité-etat de Besançon, de la principauté de Montbéliard. Mais au moins dans ces deux régions on se rattache à un passé politique : que dire de la région Centre ou de la région
Provence-Alpes-Côte-d'Azur ? S'il faut se souvenir de ces faits, il ne faut pas les remettre au goût du jour car elles relèvent du point précédent sur les abus du féodalisme. Gardons en tête que
la France n'est pas un pays qui fonctionne par régions, mais par clochers : chaque village se différencie légèrement de son voisin, tant par les modes de vies que par le parler. Sans compter
qu'aujourd'hui ces considérations sont largements dépassées par la mobilité des personnes et relèvent donc d'un esprit tristement réactionnaire. Pour ma part, je ne me définis pas comme Lorrain,
et quand on me demande d'où je viens, je dis toujours que je suis de Moselle et pas de Lorraine, quand on me demande où je vis et où je travaille, je réponds Haute-Saône et Doubs plutôt que
Franche-Comté. Pour moi, ces précisions n'ont qu'un but informatif. Qu'on se le dise, ma seule identité, c'est la France.
4. Démocratiquement parlant, le département est le maillon intermédiaire le plus représentatif et le plus adapté à la morphologie de notre pays. La commune est trop petite, la région est trop
grande. Encore aujourd'hui, on raisonne en cantons et en départements plutôt qu'en régions. Par ailleurs, les conseillers généraux sont d'une manière générale mieux connus que les conseillers
régionaux, à cause du mode de scrutin par liste des seconds.
5. Depuis les années 80, la République se décentralise. Je le précise tout de suite, je n'y suis pas favorable : il s'agit pour moi de la porte ouverte à toutes les inégalités. Je préférerais une
politique raisonnée de déconcentration. Néanmoins il convient de le préciser : la décentralisation se fait surtout vers les départements, tout simplement parce qu'auparavent les services de
l'Etat étaient pensés et organisés par départements, dans la tradition républicaine. La DDE est donc passée dernièrement aux départements.
Donc, M. Attali, voici mes conclusions :
- Je suis d'accord avec vous, il y a un niveau administratif en trop dans notre France. Les conseils généraux et les conseils régionaux se font trop souvent concurrence, et les compétences sont
trop souvent proches, voire doubles (exemple : le tourisme). Par ailleurs, les nécessités administratives sont multipliées au niveau des ressources humaines et des finances, entre autres.
- A mon humble avis, il faudrait donc supprimer les conseils régionaux dans une démarche à très long terme, genre vingt ans, par un passage progressif de compétences et pour laisser à nos édiles
un temps d'adaptation à cette nouvelle géométrie politique.
- Fusionnons les préfectures et les conseils généraux, afin de mêler la représentation de l'Etat et la représentation locale, parce que ces deux-là se font également concurrence.
- La commune doit rester l'élément démocratique de base dans la plupart des cas, mais l'administration pourrait être centralisée au niveau du canton, afin de rationnaliser le personnel et de
faciliter la mise en oeuvre des projets peu teintés de politique (ordures ménagères, assainissement...). Cela permettrait par ailleurs de sortir du système opaque des syndicats intercommunaux et
des communautés de communes.
Je sais que certains se diront que mes réflexions sont orientées par le fait que je travaille moi-même dans un conseil général, mais je tiens à préciser que je me fiche de défendre ma boutique,
je n'ai pas l'esprit de corps et ne suis pas motivé par la concurrence entre les administrations, ce qui est ridicule et néfaste pour les impôts locaux.
Image : le logo de l'Etat. Je trouve que le mariage entre le drapeau et Marianne est excellent.
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